La peur au ventre

Annick Stevenson's picture

La peur au ventre

Von Annick Stevenson, Ojai (Californie) - 12.03.2020

Razzia sur le papier hygiénique dans plusieurs pays. Est-ce pour affronter le coronavirus, ou ses angoisses les plus profondes?

"La semaine dernière, j'ai fait la queue à la caisse Costco pendant 45 minutes", explique Vicky. Les gens autour de moi avaient des chariots remplis de papier toilette ! J'ai demandé à quelqu'un si c'était une promotion spéciale de Costco. Les gens m'ont dit que je devais m'adapter à la situation et stocker du papier hygiénique." Vicky, une octogénaire, vit à Los Angeles. Tout près de là, dans le San Bernardino County, la police a dû être envoyée dans un autre Costco pour rétablir le calme parmi les consommateurs qui se disputaient les derniers paquets. Dans de nombreuses villes des Etats-Unis la même situation s'observe. A Houston, des stocks de papier toilette ont même été volés en grande quantité.

Armée d'un couteau

Est-ce l'effet des réseaux sociaux sur lesquels tournent en boucle les vidéos de femmes en train de se bagarrer pour des rouleaux de papier hygiénique ? Des vidéos déjà vues des millions de fois et partagée par milliers, filmées en Australie. Là, bien que ce grand pays soit loin d'être dans une situation aussi préoccupante que l'Italie, une femme est venue acheter son papier armée d'un couteau et un homme a dû être calmé au taser par la police. Pour tenter d'apaiser les acheteurs et d'éviter d'autres scènes d'émeutes, les directeurs de supermarchés ont limité le nombre de paquets par personne. Mais très vite les rayons étaient vides.

Aux Etats-Unis, en Australie, mais aussi au Canada, à Hong Kong, à Singapour, et même au Royaume-Uni, on observe la même ruée vers le papier toilette, que les responsables de magasins se sentent obligés de rationner. Même au Japon, où les fameuses toilettes automatiques Toto vous permettent de vous laver de fond en comble, séchage compris, c'est la pénurie. Rien de tout cela, pour l'instant, en Suisse ni en France.

Du papier journal aux toilettes

Par dérision, un tabloid australien, The NT News, a publié des pages blanches dans sa dernière édition, par "solidarité" avec les malheureux qui n'ont pu faire des stocks. Une initiative qui est aussi un petit clin d'œil historique.

Car c'est à Brisbane, l'un des lieux où des émeutes parmi les plus hystériques se sont produites la semaine dernière, qu'a été créé le premier musée au monde dédié à ce que l'on appelle des "dunnies" dans l'argot australien : des toilettes extérieures en bois comme il en existait autrefois un peu partout dans le monde.

Dans ces toilettes-là, c'est le journal quotidien qui servait de papier hygiénique, comme on le montre dans ce tout petit musée, le Looseum – ou musée du "loo" (toilettes, en anglais).

Les anciens s'en souviennent. Sidérés devant ce qu'ils voient aux infos, plusieurs babyboomers vivant en Californie commentent l'actualité.

Je me rappelle très bien que chez ma grand-mère à la campagne, on utilisait toujours du papier journal aux toilettes, dit une septuagénaire d'origine française.

Pareil dans ma famille, répond un Américain. On utilisait même les pages du gros catalogue de Sears.

Nous, c'était celui de La Redoute, quand on avait fini le journal...

La chasse aux gels désinfectants

Et comment fait-on en Inde, en Thaïlande, au Moyen-Orient et dans tant d'autres pays que Soft, Lotus et Cotonelle n'ont pas encore colonisés? On utilise de l'eau... Un robinet bien placé, avec un tuyau qui fonctionne plus ou moins bien, ou un seau d'eau. Les quelques feuilles de papier, données très parcimonieusement ou vendues pour quelques centimes par la dame pipi, sont réservées aux touristes, auxquels il est bien expliquer qu'il faut les jeter dans une corbeille à côté mais pas dans les toilettes sinon ça bouche tout.

Pourquoi une telle razzia sur le papier hygiénique, se demandent les septuagénaires, dont les parents, qui avaient fait la guerre, avaient plus facilement tendance à faire des stocks de pâtes, de boîtes de conserve ou de riz à chaque menace de crise. On peut comprendre à la rigueur, disent-ils, la chasse aux gels désinfectants ou aux masques qui se poursuit en parallèle au point que des stocks sont dévalisés jusque dans les hôpitaux, y compris en France.

Vague d'anxiété anticipée

Dans une enquête de CNN intitulée "The psychology behind why toilet paper, of all things, is the latest coronavirus panic buy", par Scottie Andrew, des experts analysent ce processus. Parmi les raisons évoquées pour cette attitude, Steven Taylor, psycholoque et auteur de The Psychology of Pandemics explique : "Tout cela est dû à cette vague d'anxiété anticipée. Les gens deviennent anxieux avant même d'être infectés. Ils n'ont pas réfléchi à la situation dans son ensemble, comme les conséquences du stockage de papier toilette".

"Les gens n'agissent ainsi que par peur", confirme  Baruch Fischhoff, psychologue et professeur à la Carnegie Mellon University. Selon lui, "la préparation, même en achetant du papier toilette, redonne un sentiment de contrôle à ce qui semble être une situation d'impuissance. Si cela leur donnait le sentiment d'avoir fait tout ce qu'ils pouvaient, cela pourrait les libérer et leur permettre de penser à autre chose qu'au coronavirus".

Evidemment, les mêmes réseaux sociaux qui ont semé la peur moquent allègrement ces attitudes, ce qui suscite d'autres réactions violentes de la part des accros au stockage. On ne plaisante pas sur les choses importantes.

Ähnliche Artikel

Es ist mit allen Mitteln gegen das Virus anzugehen. Nicht weil damit verhindert werden soll, dass ein paar alte Kranke sterben, sondern weil das die wirtschaftlich günstigste Variante ist. Je länger man wartet, je mehr Kranke wird es geben und die wird man eben nicht im Hinterhof sterben lassen, sondern die belasten dann die Spitäler und machen das Personal krank, so dass schlussendlich junge Leute sterben. Und wer meint, dass eine kräftige Reduktion der Bevölkerung ohnehin mal wieder angesagt wäre, wird selber verhungern oder am Mangel an lebensnotwendigen Medikamenten sterben.

Wie klein und erbärmlich kommt man sich vor, wenn man die Majestät einer Symphonie erlebt, wenn man die ganze Urgewalt fühlt, die das Wort Musik als Begriff in sich trägt.

Fritz Wunderlich, deutscher Tenor, geboren heute vor 90 Jahren (gestorben 1966)
SRF Archiv

Newsletter kostenlos abonnieren